jeudi 21 avril 2011

Unfinished business

J'aurais pu vous parler aujourd'hui d'un - grand - film d'Alfred Hitchcock. Mais non. Mais je vous parlerai tout de même d'art anglais. Parce que Vertigo, c'est également le nom d'un super label de musique rock, un de ceux comme on n'en fait plus : courageux, pointu, exigeant, cohérent, un peu fou et qui a réussi à se maintenir contre vents et marées. Pour ceux de ma génération, le catalogue de Vertigo dans les années 80 c'était, entre autres, mmm... Dire Straits, Status Quo et Metallica. Soit. En revanche, pour ceux qui sont nés une décennie plus tôt, le label aura vu défiler, en quelques années à peine, presque toute la crème du rock progressif anglais de l'époque : du jazzy fusionnel de Nucleus jusqu'aux métaux gothiques de Black Sabbath (qu'on ne présente plus), en passant par les africains d'Assagaï ou l'irlandais Thin Lizzy.
Un palmarès on ne peut plus alléchant, en somme, où qualité ne rimait pas forcément avec quantité : faute de "rentabilité", quelques artistes peinèrent à franchir le cap des deux albums (dans certains cas, le passage par la case Vertigo n'étant en réalité à considérer que comme une étape supplémentaire, anecdotique, dans une carrière mouvementée). Voire, plus rarement, moins : Affinity, Nirvana,  Daddy Longlegs, Gracious, Ramases, Hokus Poke, Mike Absalom... One-shots, certes, mais ô ! combien sublimes !
Etc. On citera en revanche, parmi les artistes les plus emblématiques du label, ceux qui ont - en quelque sorte - contribué à forger le "son" Vertigo au fil du temps. Outre les mythiques Black Sabbath : Jade Warrior, Colosseum, Magna Carta, Beggars Opera, Juicy Lucy, Gentle Giant... figurent parmi les groupes "maison" que l'on continue régulièrement d'associer à l'histoire du label (que, pour un peu, on consulterait des heures durant). Et encore, je ne cite que ceux natifs de la perfide Albion (Vertigo ayant déployé ses tentacules jusqu'au Japon, en passant par l'Allemagne, les Pays-bas ou les USA). Côté son, cela donne le tour d'horizon suivant, histoire de situer un peu le niveau : c'est souvent gros, parfois lourd et ça peut décoiffer.
Où il est prouvé que "chevelu" rimera toujours avec "moustachu" (soupir). Rétrospectivement, le label a gagné ses véritables lauriers dans les années 90, soit environ un quart de siècle après sa création. A l'instar de grands crus, les premiers disques originaux sortis sur le sol anglais se négocient aujourd'hui sur le marché à des prix qui tendent de plus en plus à s'envoler (ce qui apporte - ô ! bonheur incommensurable - un casse-tête supplémentaire aux collectionneurs de disques de cette planète) ; les compilations et/ou pseudo-hommages s'enchaînent...
Tracklisting : 1. Linda Hoyle – Morning for One / 2. Lighthouse – Love of A Woman / 3. Gracious – Introduction / 4. Nirvana – Modus Operandi / 5. Aphrodite’s Child – Battle of The Locusts / 6. Colosseum – The Kettle / 7. Manfred Mann – One Way Glass / 8. Black Sabbath – Behind The Wall of Sleep / 9. Assagai – Telephone Girl / 10. Marsha Hunt’s 22 – The Beast Day / 11. Affinity – Three Sisters / 12. Juicy Lucy – Willie The Pimp / 13. Gravy Train – Think of Life / 14. Freedom – Toe Grabber / 15. Flied Egg – Leave Me Woman / 16. Frumpy – I’m Afraid Big Moon / 17. Warhorse – Vulture Blood / 18. Thin Lizzy – Johhny The Fox Meets Jimmy The Weed / 19. Uriah Heep – Walking In Your Shadow / 20. Tea – Through Scarlet / 21. Juicy Lucy – Train / 22. Bob Downes – Piccadilly Circles / 23. Juicy Lucy – She’s Mine She's Yours / 24. Buffalo – Ballad of Irvin Fink / 25. Atlantis – It’s Getting Better / 26. Janne Schaffer – Air Mattress / 27. Ian Carr – Hector’s House / 28. Patto – Government Man / 29. Atlantis – Living At The End of Time / 30. Affinity – I Am And So Are You / 31. Beggars Opera – Time Machine / 32. Alan Stivell – An Dro Nevez / 33. Agitation Free – Rücksturz / 34. Zao – La Soupe / 35. Catapilla – Embryonic Fusion / 36. Brave New World – The End / 37. Dr. Z – In A Token of Despair / 38. Atlantis – Let’s Get on The Road Again / 39. Aphrodite’s Child – Do It / 40. Black Sabbath – The Wizard / 41. May Blitz – For Madmen Only / 42. Baker Gurvitz Army – Memory Lane / 43. May Blitz – In Part / 44. Daddy Longlegs – Wheelin’ And Dealin' / 45. Cressida – Lights In My Mind / 46. Affinity – All Along The Watchtower / 47. Trace – Gaillarde / 48. Brave New World – The End / 49. May Blitz – Snakes And Ladders / 50. Nucleus – Roots / 51. Agitation Free – Haunted Island / 52. Cressida – Let Them Come When They Will.
... mais force est de reconnaître qu'ils l'ont bien mérité : encore une fois, le légendaire label spiralé continue de faire rêver (pour s'en rendre compte, il suffirait de jeter un coup d'œil aux visuels somptueux de certaines pochettes - signés Marcus Keef, Hipgnosis, Bloomsbury Group...), et fera à jamais date dans l'histoire du rock contemporain (sauf, semble-t-il, dans le "Dictionnaire du Rock" dirigé par Michka Assayas. Mais, comme d'habitude en France, on a toujours un train de retard...), quelque part entre Deram et Harvest, deux autres (sous-)pointures contemporaines on ne peut plus respectables. Moralité : tout ça pour dire que j'ai encore trouvé un prétexte pour acheter des disques !

dimanche 3 avril 2011

Présentations. Acte 2, scène 1.

Dimanche matin, au réveil. Vous venez tout juste d'ouvrir les yeux et regardez autour de vous, de tous les côtés, vérifiant si les murs qui vous entourent sont bien réels ou non, essayant de reconnaître si ce sont bien ceux-là même qui vous abritent d'ordinaire. Vous passez la main sur vos yeux, encore incertain, nageant sur le ressac d'un rêve dont vous avez peine à croire qu'il en fut un. Et pourtant ! Vous avez tant la tête en ébullition, (sur)chargée de souvenirs - des noms ? des images ? des sons ? - qui se floutent au fur et à mesure que votre conscient émerge, lui aussi, de sa torpeur ; que la réalité reprend progressivement ses droits. Mais c'est trop tard : tout vous revient soudain avec netteté. Vous réalisez enfin. Vous êtes vivants et vous avez peur...
Comment en étais-je arrivé là ? Qu'avais-je fait pour le mériter ? M'était-ce seulement réellement arrivé ? A moi ? Pourquoi m'avait-il fallu m'en souvenir aujourd'hui ? Après toutes ces années... Non, vraiment, je ne comprenais pas. J'avais beau retourner la question dans tous les sens, je pensais que la dance music et moi, c'était bien fini, mort, enterré. Que nous n'avions, depuis longtemps, plus rien à voir ensemble. Les années 90 étaient bel et bien terminées, passées, enfouies. Depuis plus de dix ans, déjà. Aussi, pourquoi, d'un coup, avais-je fait ce rêve inepte, kafkaïen, effrayant, dans lequel ces sons cheap et biscornus me revenaient en mémoire quand je ne leur avais rien demandé, moi ? Venaient-ils me crier leur vengeance ? Me faudrait-il donc l'avouer publiquement si je désirais que cesse le harcèlement, et qu'on me laisse en paix ?
Soit. Toute autre tentative serait donc vaine. Il me faudrait me confesser ici, aux yeux de tous : ainsi, que c'était bien moi qui, dans cette autre vie qu'on appelle "jeunesse", à un âge - et une époque - où je me suis laissé influencer plus d'une fois par ceux que j'ai appelé des amis, m'était converti à ce que l'on a connu - et continue de connaître - sous la dénomination de dance music (dit aussi "musique de boîte, ou "eurodance", ou... etc.). Mais attention ! De la bonne, de la lourde - allemande ou italienne, de préférence -, de celle qui tâche et que l'on achète en CD 2 titres au supermarché : Culture Beat, 2Unlimited , Haddaway, Ace of Base, JayDee, Corona, Jam & Spoon, Dr Alban, M People et j'en passe... jusqu'à ce mémorable Reel 2 Real, s'il vous plaît !
Brrr... Pour un peu, je les reverrais encore, tous ces singles, alignés dans leurs pochettes en carton - pour les 2 titres - ou transparentes - pour les maxis. Je pourrais presque les toucher... Sans parler des compilations : ces "Top DJ" (les trois premiers volumes), "La plus grande discothèque du monde" (volume 6, 7 et 8) qui dégueulent des étagères... Tout ce qui sentait bon le lycée,  M6, Fun radio et les "soirées mousse" dans les discothèques creusoises...
Voilà. C'est dit. Et c'est déjà bien cher payé. Tel - c'est-à-dire : jeune ? -, je fus en effet. Dorénavant, l'heure n'est plus au blasphème. Je me sens plus bas que tout, prenant conscience que mon corps ne m'appartient plus vraiment (métempsycose ?). Mais, bon : à quoi cela me servirait-il encore de plaider ici ma défense puisque, en somme, je ne pourrais jamais que parler "d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître" ? Quant aux autres... Vieux témoins, je prie pour qu'ils aient oublié, eux aussi. Ou se taisent à jamais. Sinon, qu'ils me jettent seulement la première pierre. Pour voir.

mercredi 30 mars 2011

J C V

Dans la petite sphère des crate diggers (ces archéologues - à tendance obsessionnelle-compulsive - du vinyle), le nom de Jean-Claude Vannier est de ceux qui alertent immédiatement les sens, et réveillent quelques vieilles ardeurs enfouies, jamais bien loin, toujours latentes, tant celui-ci est redevenu une véritable légende vivante depuis 2006, l'année qui vit la réédition de son mythique "L'enfant assassin des mouches"  de 1972 (cf. photo ci-dessous), accompagnée par une tournée prestigieuse où l'homme ré-interpréta en intégralité devant le public anglais - puis, plus tard, français lors d'un passage à la Cité de la Musique - L'enfant... en question, ainsi qu'une certaine "Histoire de Melody Nelson" qu'il avait jadis concoctée avec son compère de l'époque, Serge G. Sauf que l'histoire ne s'arrête pas là. Ou, plutôt : elle recommence.
Décrit comme un arrangeur-compositeur baroque et foutraque, extravagant et malicieux, JCV débarqua sur la scène musicale au milieu des années soixante, à priori sans aucune formation ni expérience en la matière d'orfèvrerie sonore. La légende - qu'il n'est pas le dernier à colporter - veut qu'il se soit formé en l'espace de quelques heures seulement, cela simplement après avoir potassé l'équivalent d'un "Que sais-je" traitant de la question. Ce qui, au vu de sa carrière, en laisserait plus d'un rêveur...
Car JCV n'a pas attendu Gainsbourg. Intronisé par Michel Magne en personne, le savant fou Vannier va être très vite livré à lui-même et, de fait, s'en donner à cœur joie, infligeant simultanément cocasseries, bizarreries et tortures en tous genres aux morceaux qu'on lui demande d'arranger. Tous passent ainsi sous ses doigts à la fois experts et enfantins : Johnny H. & Sylvie V., Herbert Léonard, France Gall, Gérard Lenorman, Gainsbourg puis Birkin, Bécaud, Michèle Mercier, Nougaro, Brigitte Fontaine... et encore, si l'on ne rendait compte ici que des plus connus. Car il y eut aussi, outre ses propres compositions :
 
 
Et j'en passe... La liste n'en finirait pas. Car, à moins de s'appeler soi-même Vannier, il semble utopique (à moins que l'on aime les casse-têtes - voire les missions impossibles -, mais je garde toutefois un espoir) de vouloir réunir l'exhaustivité de son C.V. dans sa discothèque. Au demeurant, je ne serais pas surpris que l'homme lui-même ne se rappelle l'ensemble des artistes avec lesquels il eût à collaborer en quarante ans et des poussières de longévité... Histoire d'en rajouter une couche, Andy Votel, jamais avare d'un bon coup, a tout de même réussi l'exploit de mixer non-stop, une heure durant, la crème des productions JCV de la période 1966-1973. Alléluia ! Et là, pour certains, débute le mal de crâne (et/ou le calvaire) : parce que, quand on se garde bien de donner le tracklisting de la compilation en question, il ne vous reste guère plus que les yeux pour pleurer. Ensuite, il y a Internet. Aussi, pour celles et ceux qui vont découvrir JCV pour la première fois, je ne peux, dans un premier temps, que les encourager à le connaître à travers Patricia, Grégory, Ann, Jean, Les fleurs de pavot, Léonie, Brigitte, sans oublier Serge, Jane, Claude, France, Gilbert... Enfin, last but not least, par sa propre musique même.
La discographie de Vannier, c'est un peu comme un puzzle, mais celui dont on ignorerait l'image à reconstituer - ainsi que le nombre de pièces. Qui a dit qu'en tout collectionneur, il y avait un masochiste ? Car s'il y a une morale à cette histoire, elle reste bien : Keep diggin'...

dimanche 13 mars 2011

Solla Solla etc.

Le buzz, lancé il y a quelques mois par le label Finders Keepers, aura rapidement permis de repositionner l'un des plus grands compositeurs de musique indienne de tous les temps sur la scène musicale internationale : Ilaiyaraaja. Ou Ilaiya Raaja. Ou... Qui, déjà ? Parce que, avec une carrière qui s'étale sur plus de trois décennies, et dont la somme des compositions pour le seul domaine du cinéma - et peut-être aussi des pseudonymes et/ou coquilles orthographiques - doit bien avoisiner le millier, il relève forcément du casse-tête de remettre la main sur l'exhaustivité de la discographie du raja en question. On se contentera donc, dans un premier temps, de la compilation concoctée par nos voisins anglais.
Comme à leur habitude, les goûts de ces derniers les portèrent naturellement vers une sélection fidèle dans l'état d'esprit à leur compilation "The Sound of wonder", évoquée précédemment dans ce blog : psychédélique, fuzzy, disco... bref : plutôt barrée. Ce qui peut donner à peu près ceci :
Ou comment Kamal Haasan, dieu vivant parmi les dieux vivants, est devenu en seulement trois minutes et demie, l'un des mecs les plus cools de la planète (web). A côté de ce hit en (sur)puissance, on trouvera évidemment moult morceaux qui, c'est à parier, risquent tout autant de donner envie de ressortir perruques, boots dorées et autres gilets à franges (voire de danser avec un éléphanteau comme ici).
Il serait toutefois simplificateur d'en rester là. Car la montagne de talent d'Ilaiyaraaja ne se réduit pas à ce seul adret. Côté ubac, Ilaiyaraaja, à l'instar d'un Rahul Dev Burman, s'est très largement inspiré des musiques traditionnelles locales (principalement tamoule et télougoue), certes, mais en ayant pris soin de sertir sa musique d'influences classiques, occidentales, non moins parfaitement assimilées : ainsi, dans la structure des morceaux, dans la mise en avant du chant, etc. Cela se ressent tout particulièrement si l'on examine le côté "Dr. Jekyll" - si l'on peut l'appeler ainsi - du maestro, malheureusement trop occulté à mon goût dans le cas qui nous occupe. Les changements d'ambiance que l'on trouve au sein de ses chansons pop (telle, par exemple, cette petit perle : "Andhi mazhai pozhigiruthu") en témoignent. Et si l'on écoute mieux ce penchant franchement plus traditionnel, en même temps plus sobre, moins tape-à-l'œil (j'ai envie de dire  "intimiste" tant les fioritures disparaissent), et dont la quintessence ne jaillit nulle part ailleurs que de ce dialogue/dualisme  perpétuel voix/percussions, c'est bien un pan entier de l'art du "compositeur-musicien-interprète-et-j'en-passe" qui se trouve dévoilé.
Vous voyez ce que je veux dire ? De plus,  il est impossible après cela d'oublier la voix de Sri Janaki. Elle peut énerver, on a le droit de ne pas l'adorer totalement, il n'empêche que le songwriting d'Ilaiyaraaja s'accorde parfaitement avec cette dernière : celle-ci sinue, ondoie, virevolte lascivement autour de cette rythmique hypnotique, véritable colonne vertébrale du morceau, et trouve son propre écho renvoyé par les prismes de ses équivalents masculins du moment.  J'en éprouve parfois des frissons. Si tout cela ne mérite pas une nouvelle compilation...

mardi 1 mars 2011

Comme un ouragan

A celles et ceux qui n'auraient pas suivi  l'actualité musicale en France l'année dernière, il ne serait pas inopportun de rappeler que l'un des "tubes" majeurs de 2010 fut composé et interprété par un ex-musicien de Johnny Hallyday juste après que ce dernier l'ait viré de son line-up à la veille d'une tournée de concerts... au milieu des années 80. Déprimé mais pas rancunier, Pierre Billon transforma au final cette mésaventure en une chanson bien dans l'air du temps, mais qui n'allait devenir un hit - malgré elle (et pour des raisons qui dépassèrent sûrement Billon himself) - que quelques trente ans après.
A celles et ceux qui auront survécu au tsunami d'enthousiasme que suscita la résurrection miraculeuse de cette "Bamba triste", il ne serait pas inopportun de rappeler que, sensiblement à la même époque, débutait la carrière solo d'un autre ex-musicien (de Gilbert Montagné, Roland Magdane...) : Thierry Pastor, qui allait connaître un succès retentissant - 700 000 singles vendus  - dès la sortie en 1981 de son premier 45 tours "Le coup de folie".
1er degré ? Il ne faudrait ici nullement prêter foi à celui de la pochette du single (malgré son air qu'on jurerait tout droit sorti de la collection pour homme d'un catalogue La Redoute). Car une fois posé sur la platine, le disque tient toutes ses promesses. Et l'on comprend effectivement mieux les raisons d'une telle réussite.
version 1
Rappelons que Pastor n'a alors que 21 ans. Produit par l'immense Roland Magdane (auquel le chanteur ressemble d'une façon... personnelle), "Le Coup de folie" s'envole dans les hit-parades, s'exporte par-delà nos frontières et va jusqu'à connaître plusieurs adaptations - pas piquée des hannetons - dans nos pays voisins (exemple : la Belgique). Un deuxième single (chanté en anglais), un album suivront, puis d'autres... Mais sa carrière (en dents de scie suite à de graves problèmes de santé - un accident de la route -) restera malgré tout intimement liée aux années 80.
version 2
De prime abord, il ne serait question dans cette chanson que d'une banale histoire d'amour qui dégénère. En revanche, si l'on y prête une oreille un peu plus exercée, l'auditeur pointilleux y déchiffrera probablement "la transcription cathartique du temps traumatisant de la guerre d'Algérie, puisque les paroles appuyées musicalement : folie, fini yeahh et quitte tes gants de boxe sont des allusions dissimulées à la folie de la guerre d'Algérie et à la satisfaction évidente que cette guerre-tuerie soit enfin finie. Cette symbolique est appuyée par l'expression quitte tes gants de boxe, que l'on peut comprendre par "bas les armes, halte au feu" (dixit Wikipédia)... On en pensera ce que l'on voudra et, si l'on a rien de mieux à faire, on pourra toujours s'amuser à rechercher une signification sûrement cachée aux paroles de son autre tube : "Sur des musiques noires"...
Contre toute attente, la musique de Pastor rencontre encore aujourd'hui, un peu partout sur le web, un certain engouement auprès d'internautes que l'on imagine de tous âges et vaguement nostalgiques. Il semblerait enfin que l'homme ait continué de se produire dans divers galas et, en même temps, de prodiguer ses sages conseils à de nouveaux talents de la chanson française. On est désormais rassurés : les 80's ne sont pas encore enterrées !

samedi 19 février 2011

Quand j'étais petit garçon...

... Je repassais mes leçons en chantant (air bien connu). Où il ne sera pas question ici de psychanalyse, mais bel et bien de musique. Quoique... Cela dit, puisqu'il faut forcément commencer quelque part, autant remonter jusqu'à la source : la sacrosainte discothèque parentale. (Demandez aux plus fameux DJs - interviews ici : même eux ont commencé petit.) Précisément, des décennies plus tard, parvenus à l'âge de nos parents, que nous reste-t-il de ces chansons entendues au cours de notre enfance insouciante, filtrées par nos esgourdes alors imparfaitement éduquées, de ces rengaines qui nous ont bercé des années durant et que l'on se surprend à fredonner aujourd'hui, presque malgré soi ?
Commençons. Il paraît que, pour la génération de mes parents, la question se posait de savoir si l'on était plutôt "Beatles" ou plutôt "Stones". (Par chance, j'avais présent à la maison un représentant de chaque tendance, mais pas forcément pour les mêmes raisons.) Un tel débat serait ici hors sujet mais, honneur aux dames, force m'est de constater que je revois parfaitement le double album rouge des Beatles trôner en évidence au début de la pile des disques de ma maman à moi.
Et si je n'ai pas réussi à retenir en entier une seule chanson de cette compilation, c'est sûrement parce que les Beatles, c'était quand même les Beatles : une sacrée usine à tubes ("Michelle", "Help", "Love me do", "Yesterday"...). Du coup, ça en faisait un peu beaucoup pour le gamin que j'étais. Mais passons. Par chance, les Beatles n'étaient pas le seul groupe anglais ayant enregistré des disques à cette époque (cette anglophilie étant renforcée par le fait qu'on n'était pas particulièrement branchés par les yé-yé, à la maison) : de mémoire, je pourrais citer les Bee Gees ("Massachussets"), les Rolling Stones évidemment ("Miss you", "Street fighting man"...)... ; et encore, côté outre-Atlantique, Simon & Garfunkel ("Mrs Robinson"), les Byrds ("Mr Tambourine man")...  Sans parler des chanteurs en solo : ainsi, certains songwriters tels Donovan ou David mcWilliams.
Qui se souvient encore de son mélancolique "Days of pearly spencer" ? Mais, au final, peu d'albums me marquèrent réellement : si mon père gardait pour lui un  33t d'Heldon, de "Carmina Burana" ou encore d'Ash Ra Tempel, c'est à ma mère que je dois  d'avoir écouté en boucle les ritournelles de Brassens (cf. "Le petit cheval blanc"). En revanche, davantage de 45t me reviennent parfois en mémoire : un James Brown qui traîne ("Get on the good foot") à côté des Buggles ("Video killed the radio star", forcément) ; Gerry Rafferty (son tubesque "Baker street") côtoyant François de Roubaix ("Astralement votre", avec Elisabeth Tessier dans le rôle de la chanteuse) et Supertramp ("The logical song")... Ma préférence pour ce format doit d'ailleurs sûrement dater de cette époque : plus pratique, (plus ou moins) le meilleur titre de l'album, stylisme plus varié...
J'adorais ça : les avoir en main, les retourner dans tous les sens. Je trouvais ça vachement chouette. Ce fut en quelque sorte mon premier gadget. J'ouvre une parenthèse : on se souvient que, à cette époque, presque toutes les émissions de radio et de télé (Carré Bleu, Le grand échiquier, Les dossiers de l'écran...) allaient largement piocher leurs indicatifs dans ces disques : variété, jazz, rock... On pouvait alors facilement reconnaître ces fameux génériques dès leur pochette estampillée par le nom de l'émission en question et de sa radio. Et même qu'en ce temps-là, on avait pas trop mauvais goût. Voir le morceau "Rubycon" de  Tangerine Dream qui suit (l'extrait débute à 6 min 55 secondes environ), et qui avait tendance à m'effrayer, plus jeune.  Petit jeu : saurez-vous retrouver le nom de l'émission en question ?
Enfin précisons que, étant né la décennie qui a suivi le swinging sixties, je n'ai point eu la chance de connaître le psychédélisme en direct, pas même le rock progressif : je suis arrivé avec le Disco. Bon. Ce n'était pas trop le genre de la maison mais, quand même, lorsque j'ai appris la mort récente de Bobby Farrell, j'ai ressenti un petit truc, un "je-ne-sais-quoi". Allez comprendre. Et surtout, il y a cet air qui m'est revenu comme si c'était hier...
On pensait ces choses-là oubliées, enterrées, sorties de notre vie (ou de notre existence, selon qu'on se définisse d'obédience existentialiste ou non), mais non : elles ne nous oublient pas, elles. Et nous le rappellent bien. Ainsi, comment pourrais-je retranscrire nettement la sensation indescriptible que m'a procuré, un jour que je passais chez un disquaire du quartier des Halles, à un moment où j'étais affairé, concentré, mon casque vissé sur les oreilles, à écouter des disques de funk et de hip-hop US old-school, le fait d'entendre au même moment se superposer à mes  rythmiques rap, le piano cristallin du "Wuthering heights" de Kate Bush ???
Car c'était bien elle. Interdit, éperdu, fébrile à la limite de la transe, j'en reposai aussitôt mon casque et écoutai jusqu'à la fin cette chanson que le disquaire, fut-il inspiré ou non, s'était mis à passer... Pour un peu, je lui aurais pris le disque des mains. Un air que je n'avais pas entendu une fois en quinze ? vingt ans ? Qui me revenait subitement en tête, note après note, comme si je l'avais toujours su par cœur ? Tout y était parfaitement à sa place : la voix, le pont, le solo de guitare final ad lib... Et le plaisir intact, toujours entier. Qui plus est, un disque qui, dans mon jeune âge, m'effrayait alors par sa seule pochette : je me représentais un pseudo-Christ féminin, au teint cadavérique, sanguinolent, auquel le dragon qui figure dans son dos n'arrangeait en rien le sort. (De cela, je ne parlai à personne. J'avais enfoui en moi, tué - ou pensé avoir tué - ce trauma juvénile. Du moins, jusqu'à ce jour.)
Une prochaine fois, il faudra que je pense à établir mon Top Ten de la pop anglaise de cette période-là, fut-il ou non classé par genre. Qui sait ? Je pourrais peut-être encore avoir des surprises... Séquence : "La marche de l'empereur".

vendredi 18 février 2011

Droits d'auteur

Les super-héros ne sont pas que l'exclusivité des américains. Si cela se trouve, ils n'ont peut-être même rien inventé. Quoiqu'il en soit, c'est-à-dire de l'œuf ou  la poule, un bref tour du monde des effets secondaires décelés parmi diverses populations ethniques suite à une absorption visiblement abusive de comics et/ou autres romans d'aventures populaires, conjuguée à diverses substances (au moins) hallucinogènes de leurs crus, peut offrir un début d'indice. Séquence : "Mon héros". En premier, un film qui fut réellement tourné sans trucages (ni musique originale). Et je ne vous dis que ça...
Mon second est une version un peu moins fauchée que la précédente (si, si : il faut bien faire attention aux effets spéciaux)...
Mon troisième devrait être, selon moi, complètement autorisé aux moins de 18 ans ! (Ou pas...)
(Avec un troisième ex-æquo plus sérieux, histoire de rétablir l'équilibre...)
Mon quatrième est un classique de la littérature mondiale...
(NDR : sa version bollywoodienne, sûrement moins connue, peut être appréciée ici...) Mon cinquième n'est pas non plus un comics mais...
Et je continue de douter que mon tout ait réellement existé...
Et l'œuvre de l'esprit, dans tout ça ? Mmm ? Le droit d'auteur  ? Le domaine public (ou pas) ?...