Le buzz, lancé il y a quelques mois par le label Finders Keepers, aura rapidement permis de repositionner l'un des plus grands compositeurs de musique indienne de tous les temps sur la scène musicale internationale : Ilaiyaraaja. Ou Ilaiya Raaja. Ou... Qui, déjà ? Parce que, avec une carrière qui s'étale sur plus de trois décennies, et dont la somme des compositions pour le seul domaine du cinéma - et peut-être aussi des pseudonymes et/ou coquilles orthographiques - doit bien avoisiner le millier, il relève forcément du casse-tête de remettre la main sur l'exhaustivité de la discographie du raja en question. On se contentera donc, dans un premier temps, de la compilation concoctée par nos voisins anglais.
Comme à leur habitude, les goûts de ces derniers les portèrent naturellement vers une sélection fidèle dans l'état d'esprit à leur compilation "The Sound of wonder", évoquée précédemment dans ce blog : psychédélique, fuzzy, disco... bref : plutôt barrée. Ce qui peut donner à peu près ceci :
Ou comment Kamal Haasan, dieu vivant parmi les dieux vivants, est devenu en seulement trois minutes et demie, l'un des mecs les plus cools de la planète (web). A côté de ce hit en (sur)puissance, on trouvera évidemment moult morceaux qui, c'est à parier, risquent tout autant de donner envie de ressortir perruques, boots dorées et autres gilets à franges (voire de danser avec un éléphanteau comme ici).
Il serait toutefois simplificateur d'en rester là. Car la montagne de talent d'Ilaiyaraaja ne se réduit pas à ce seul adret. Côté ubac, Ilaiyaraaja, à l'instar d'un Rahul Dev Burman, s'est très largement inspiré des musiques traditionnelles locales (principalement tamoule et télougoue), certes, mais en ayant pris soin de sertir sa musique d'influences classiques, occidentales, non moins parfaitement assimilées : ainsi, dans la structure des morceaux, dans la mise en avant du chant, etc. Cela se ressent tout particulièrement si l'on examine le côté "Dr. Jekyll" - si l'on peut l'appeler ainsi - du maestro, malheureusement trop occulté à mon goût dans le cas qui nous occupe. Les changements d'ambiance que l'on trouve au sein de ses chansons pop (telle, par exemple, cette petit perle : "Andhi mazhai pozhigiruthu") en témoignent. Et si l'on écoute mieux ce penchant franchement plus traditionnel, en même temps plus sobre, moins tape-à-l'œil (j'ai envie de dire "intimiste" tant les fioritures disparaissent), et dont la quintessence ne jaillit nulle part ailleurs que de ce dialogue/dualisme perpétuel voix/percussions, c'est bien un pan entier de l'art du "compositeur-musicien-interprète-et-j'en-passe" qui se trouve dévoilé.
Vous voyez ce que je veux dire ? De plus, il est impossible après cela d'oublier la voix de Sri Janaki. Elle peut énerver, on a le droit de ne pas l'adorer totalement, il n'empêche que le songwriting d'Ilaiyaraaja s'accorde parfaitement avec cette dernière : celle-ci sinue, ondoie, virevolte lascivement autour de cette rythmique hypnotique, véritable colonne vertébrale du morceau, et trouve son propre écho renvoyé par les prismes de ses équivalents masculins du moment.J'en éprouve parfois des frissons. Si tout cela ne mérite pas une nouvelle compilation...
L'excellente compilation du même nom que ce post (parue il y a quelques années de cela sur le non moins excellent label anglais Finders Keepers) m'a intrigué à tel point que je me suis mis en tête de découvrir à tout prix quelles images pouvaient bien coller à de pareilles musiques. Il faut dire que mes oreilles n'étaient pas alors complètement éduquées à de tels chocs soniques au sein même d'une structure musicale pourtant rabâchée depuis que je fus en âge d'apprécier la musique, soit : couplet-couplet-refrain-couplet-refrain-pont-couplet-refrain ad lib (grosso modo). Un tour du web plus tard, revenu presque intact de cette fabuleuse contrée dénommée "Lollywood", je puis aujourd'hui vous faire partager le résultat (incomplet, je le déplore) de mes investigations extrasensorielles. Si vous n'êtes pas frileux et que vous possédez un sens de l'humour au quatrième degré... Enjoy !
- Dama Dam Mast Qalandar :
(NDLR : il semblerait en réalité que ce titre mélancolique ne serait qu'une - géniale - transcription d'un morceau traditionnel dont l'on pourra apprécier une version différente ici. Qu'à cela ne tienne : si c'est bien fait...)
- Good news for you :
- Dilbar Dilbara :
- I am very sorry :
- Main Hun Play boy :
(NDLR : on trouvera un autre clip de cette même chanson en meilleur qualité ici.)
- Society girl :
- Life hai kuch dinon ki :
J'ajouterai à cet endroit deux morceaux en bonus. Tout d'abord : Maine Kaha (un titre qui - hélas ! -, ne figure pas sur la compilation en question mais que l'on retrouvera sur la réédition entière de la musique du film Dekha jaye ga) :
Enfin, Baby I have a crush on you (un titre qui, quant à lui, figure sur une mixtape infernale concotée par l'un des acolytes du label) :
La mondialisation a donc (parfois) de bons côtés. Ceux qui sont réellement motivés pourront toujours s'amuser à rechercher les films correspondants sur l'équivalent pakistanais d'IMDB. The show must go on!