En surfant sur le site sur lequel j'ai l'habitude de télécharger mes films, je suis tombé sur ce petit bijou d'animation japonaise pré-natale (comprendre : d'avant ma naissance) qui s'appelle "Belladonna of sadness". Inculte mais néanmoins intrigué par la beauté des captures d'écran, au graphisme évocateur des mangas de l'époque en même temps que de la peinture autrichienne du début du siècle dernier (Klimt et Kokoschka en tête), et soupçonnable d'un psychédélisme latent, je décide de télécharger derechef le film en question puis de le visionner. Si j'avais su ce qui m'attendait...
Car je tombai instantanément sous le(s) charme(s) vénéneux de la Belladonna en question. Impossible d'y résister. Du point de vue esthétique tout d'abord, car le film est un véritable délice pour les yeux : on savoure inlassablement, dans un premier temps, ces longues et magnifiques épures quasi-fixes (les personnages ne sont, au final, que très peu animés). De l'héroïne, ensuite : sensuelle à l'extrême, d'abord réservée, elle explose littéralement dans la seconde moitié du film (une "Barbarella" hardcore comme seuls les asiatiques pouvaient l'imaginer).
Et en effet celle-ci, d'abord simple paysanne moyenâgeuse contrainte de se livrer corps et âme (surtout de corps) aux plaisirs d'un monarque sadique afin de sauver son fiancé d'un odieux chantage inextricable, se mue finalement en une sorcière (tendance Michelet) invincible qui, suite à un pacte diabolique, n'aura de cesse de se venger en déchaînant les passions les plus folles à travers son village entier, et ce jusqu'à la mort des méchants tortionnaires du début. La preuve.
L'une des non moins désagréables surprises de ce film - et elles sont nombreuses -, provient en effet du déchaînement visuel dans la seconde moitié de celui-ci : ce véritable feu d'artifice psychédélique (tendance Guy Peellaert, ou Ralph Bakshi, mais peut-être plus sexe et plus trash encore), aussi surprenant qu'inattendu, est tout bonnement indescriptible ; il faut le voir dans son entier pour en prendre sa réelle mesure. Les séquences se succèdent alors au rythme d'une éruption orgiaque quasi-ininterrompue de couleurs et de sons, soutenue par une musique - forcément psychédélique, elle aussi - loin d'être en reste.
Et là, parvenu à un tel paroxysme, on réalise qu'il était impossible qu'un film comme "Belladonna..." se termine d'une façon qui ne fût pas tragique. Moyen-âge oblige, quand même...
Jusque-là, les films d'animation (tous semi-érotiques) d'Eiichi Yamamoto n'ont pas encore connu de réédition DVD française. Et concernant la musique concoctée par Masahiko Satoh, de rapides recherches m'ont permis de mettre la main (virtuelle) sur un disque vinyle sorti à la même époque sur le label italien CINEVOX. Depuis : plus rien.
Il se peut que l'objet soit d'ailleurs devenu culte aujourd'hui chez les collectionneurs de disques, et à peu près aussi cher que certains disques de J. A. Seazer, un autre japrocker psychédélique furieux qui officiait principalement pour le grand Shuji Terayama. Je ne serais donc ni surpris de sa rareté, ni de l'exorbitance de la somme à débourser.
Comme souvent, c'est la musique qui est à la base de cette note... L'histoire commence par un dimanche après-midi passé au Virgin mégastore des Champs-Élysées, alors que j'errais à travers leur rayon de musiques de films. Je me rappelle m'être arrêté à la fin du rayonnage, devant un CD dont la pochette - une simple fleur blanche ensanglantée sur fond noir - m'intrigua au plus haut point : "Valerie and her week of wonders". Le film m'était alors strictement inconnu, le compositeur pas moins, mais les brèves critiques - par des chanteurs ou musiciens anglais que j'avais fréquenté un temps - s'accordaient à encenser ces mélodies oniriques, envoûtantes, voire parmi les plus obsédantes qu'il leur fut donné d'entendre au cours de leur carrière (au dire des exégètes). Intrigué, donc, je l'achète aussitôt et le ramène chez moi. C'est ainsi que je découvris du même coup Finders Keepers et la nouvelle vague tchèque. Et depuis, effectivement, j'ai toujours le plus grand mal à décrocher de la galette (dont l'intérieur du livret reproduisait l'affiche originale).
Sur la pochette du disque, parmi les louanges en question, figurait à côté de "Valerie..." la référence d'un autre film : "The wicker man". En bon internaute, je pianote et découvre rapidement, avec la plus grande stupeur, un réel culte voué à ce sombre film de 1973, considéré par ses fans comme le "Citizen Kane" du cinéma fantastique britannique (zappez l'ignoble remake à l'américaine récent, avec Nicolas Cage dans le rôle principal). Mais là n'était pas la question : mieux encore, je découvre cette musique sublime, onirique, envoûtante, parmi les plus obsédantes que j'ai pu entendre (le clip est, hélas ! tronqué : version intégrale ici)...
D'un bout à l'autre, le reste du disque ne déçoit jamais une seule seconde. Dieu te bénisse, Paul Giovanni... (Je ne tardais pas à me procurer la réédition - vinyle, celle-là - de cette miraculeuse BO.) Dans la foulée, fiévreux comme tout un chacun, je parcours quelques forums sur la toile, histoire de dénicher d'autres perles susceptibles de provoquer chez moi un émoi semblable. Et là, étrangement, tout concorde à me ramener vers ce fameux cinéma anglais, celui-là même que Truffaut et Godard s'escrimaient à démolir dans les règles de l'art depuis l'époque où ils officiaient en tant que mercenaires pour les cahiers (jaunes) du cinéma : et tandis que Finders Keepers nous apportait en exclusivité la musique originale d'un polar de série B, "Sitting target" (Douglas Hicocks, 1972), du sieur Stanley Myers, son voisin de palier Trunk éditait quant à lui celle restée inédite d'un autre contemporain de "Wicker man" : "Psychomania" (qui, pour résumer, racontait l'histoire d'une bande de zombies-bikers fouteuse de pagaille).
Re-claque. Je pourrais également citer "Deathline", cette histoire fumeuse de cannibales qui vivent dans les égouts londoniens (toujours avec le grandissime Christopher Lee) mais, personnellement, je trouve cette dernière BO - concoctée par Wil Malone - moins réussie que celle de Cameron, même si elle sonne un peu comme du John Carpenter avant l'heure : curieusement, elle donne moins envie de voir le film en question. Ce à quoi encouragent, bien au contraire, les autres films cités précédemment. Mais en vérité, je vous le dis, une fois que l'on a vu ce dont il retourne, on se trouve souvent déçu par les images, jamais par la musique (les tchèques constituant en quelque sorte l'exception à cette règle). Au final, c'est assez bancal, presque indéfinissable, comme sensation, ce cinéma anglais. Pas vraiment des films, quoi ?
Choisissez quelques pochettes de disques parmi ceux que vous appréciez dans votre discothèque : pour les débutants, je conseille d'opter pour un design le moins chromatique possible. Par la suite, cela pourra toujours changer si votre technique s'améliore au fil du temps. Prenez donc un logiciel informatique de retouche d'images (même le plus cheap) et ouvrez-les. Sélectionnez l'effet "négatif" (ou équivalent), puis amusez-vous à faire disparaître toute trace de titre, d'interprète ou de logo des visuels ainsi obtenus Proposez enfin à vos ami(e)s de reconnaître les disques originaux en question.
Captain Beefheart, Jean Rollin, Blake Edwards... Le monde des Arts se dépeuple au fil des mois. Certains laissant plus de traces que d'autres, cela va sans dire, selon le temps qu'on les a fréquentés (ou pas). Ainsi, j'aimais Jean Rollin, tandis que Blake Edwards me laissait plus ou moins indifférent. Il en serait de même ici pour John Barry et Captain Beefheart (comment ça : par rapport ?). Parce que les disques du dernier ne figuraient pas dans la discothèque familiale - j'en reparlerais peut-être un jour -, ou bien serait-ce parce que je suis resté trop souvent planté devant notre téléviseur le samedi après-midi à regarder "Amicalement votre" sur M6 ?
Parce que : oui ! Barry, c'était "James Bond". Barry, c'était "Danse avec les loups". Barrry, Fatboy Slim l'a samplé. Barry, c'était aussi l'ex de Birkin (avant Serge G.). Barry, c'était... c'était pas John Williams, non plus (et heureusement !...), mais il peut tout de même se vanter d'avoir conquis la planète entière rien qu'avec deux génériques (un film et une série TV, donc). Ce qui n'est pas donné à tout le monde.
Je n'en peux plus d'être surpris. Au plus je visionne de clips, au plus je me demande jusqu'où tout cela pourra bien me mener. Ma santé mentale m'inquiète semaine après semaine, j'ai peur de dépasser le point de non-retour et de ne jamais revenir indemne de telles contrées. Après l'ex-Russie : la Suède ? La Finlande ? Voire au-delà... Qui sait ?... Passons. Tout me porte à croire que, en dépit de tous mes efforts de compréhension, la réponse se trouvera irrémédiablement et à jamais en dehors de notre temps (X). Preuve qu'on ne se méfiera jamais assez de ces soi-disant pays de l'est... Séquence : "Je suis vivant mais j'ai peur".
Et tant qu'à y être, autant présenter Ake Blomqvist, ce légendaire professeur de danse (disco, cela va de soi), paraît-il... du moins, en Finlande.
Tout est lié. Comment avais-je pu, des années durant, me voiler la face à ce point ? Comment avais-je pu ne pas voir ce qui, aux yeux du monde entier, était aussi visible, éclatant, que le nez au milieu du visage ? Avais-je été réellement aveugle ? Dès lors que j'y songe, il me semble impossible, vain, de me chercher des excuses : car je n'avais pas été dupe, loin de là ; simplement, comme beaucoup d'autres, j'ai préféré fermer les yeux, et laisser faire... Du coup, c'est toute une éducation qui reste à revoir.
Le responsable de cette corruption généralisée s'appelle Kaniel. Noam Kaniel. Mais, en réalité, tout le monde l'appelait Noam. Tout court. Et pour ceux qui ont grandi à la même époque que moi, il était difficile de passer à côté du phénomène, tant il était déjà omniprésent (sur les plateaux de télévision). Le pire, c'est qu'il a même grandi avec nous - sa carrière débuta avec les années 70 -, "l'enfant-star" !
Vague air de David & Jonathan avant l'heure, "col-de-chemise-sur-pull-indéfinissable", pattes d'éph' trop larges... voilà, en vérité, ce petit rien auquel tout tenait, finalement. Et qui vous propulsait tout droit chez Marie & Gilbert Carpentier. S'il s'était seulement arrêté là... Mais non : à partir de 1975, Noam (toujours mineur à l'époque des faits) peut même se vanter de devenir le précurseur d'un type alors inexistant en France : le "chanteur-exclusif-de-génériques-TV". Et là, plus moyen de l'arrêter. Ni d'y échapper. Qu'on veuille bien juger du pedigree (celui que la postérité retiendra, je le crains) !
Entre autres choses... Sans oublier l'inénarrable "Shérif... fais-moi peur" : toujours lui ! On lui devrait également - et cela mérite vérification - les génériques de "L'agence tous risques", des "Mystérieuses cités d'or", "Les entrechats"... Sa discographie a de quoi faire tourner la tête (à ce propos, je m'étonne qu'on lui ait toujours refusé la médaille de la Légion d'Honneur, un NRJ Award, une place d'enseignant à la Star Ac' - voire jury à la Nouvelle Star, ce qui revient au même - ou toute autre récompense qui aurait couronné l'ensemble de sa carrière). Et l'on verra sans doute, d'ici quelques années, cette fameuse "période Télé" courue par les collectionneurs mondiaux de disques vinyles...
Conseil aux maisons de disques : plutôt que de compiler d'obscurs morceaux auto-produits de rock progressif, des musiques de films improbables ou encore de l'illustration sonore douteuse, ne serait-il pas enfin temps d'offrir au public français une anthologie des génériques TV enregistrés (ou produits, ou arrangés, ou...) par Noam (avec faces B inédites, alternate takes, demo versions, etc.) ?
Deuxième fournée discophile de l'année, disais-je. Je confesse volontiers qu'une de mes marottes en la matière, c'est le rock psychédélique et/ou progressif français. Du moins, celui d'avant ma naissance. Parce qu'entre la fin des années soixante et le début des années soixante-dix, on a tout de même connu dans l'hexagone une période sacrément bénie (sans aucun blasphème), pendant laquelle émergèrent une pléthore de talents qui n'avaient alors rien à envier à ces (soi-disant) sacrosaints "voisins anglais", voire ceux d'outre-atlantique vantés depuis toujours par une presse mollassonne et honteuse. Parmi ce foisonnant vivier - duquel on n'est certes pas forcé de tout apprécier -, chacun pourrait trouver, je le pense, son (ses) chouchou(s) : fut-il éphémère (Tac Poum système, Unity, Docdaïl...), ou réussit-il jusqu'à mener une carrière telle que le monde entier nous l'envie aujourd'hui (Gong, Magma, Heldon...) ?
Ok, je n'écoute pas ça non plus depuis très longtemps. Moi qui fus pendant des années un gros amateur de musique noire américaine (soul, funk, R'n'B, jazz...), une fois extraite cette substantifique moëlle, je suis passé à des DJ's qui jouaient d'autres sons, en même temps différents et pourtant bien de chez nous ; il a bien fallu ensuite que je me documente un peu sur le sujet ; et pour cela, fréquenter des disquaires parisiens qui m'ont définitivement ouvert les yeux (et les oreilles) à ce réel magma sonore. C'est ainsi que j'en suis venu à rechercher les vinyles de cette scène ébouriffée et ébouriffante. Cette semaine, j'ai donc ajouté crânement à ma (toute) petite collection :
- Ame Son : "Catalyse" (BYG, 1970. 33t échangé chez un ex-troglodisquaire) :
- Gong : "Garçon ou fille" (BYG, 1969. 45t emporté aux enchères sur ebay) :